Josselin : un livre de récits et nouvelles écrit et illustré par son auteur
Pourquoi, à la fois, écrire et dessiner ?
"Mes dessins sont de l'écriture dénouée et renouée autrement."
Jean Cocteau
Au milieu du XIX siècle, avec la technique de la reprographie qui se modernise, la publication de journaux s’amplifie et se démocratise. Naissent alors les revues hebdomadaires à grand tirage comme celles du sénonais, Edouard Charton : le Magasin pittoresque, puis sa célèbre Illustration. Ces pages, pour être populaires, se remplissaient d’images qui accompagnaient ou renforçaient les textes. C’était déjà’’ le poids des mots, le choc de la litho.’’
A cette époque, les illustrateurs, lithographes, graveurs en taille douce, ou à la pointe sèche qui se nommaient Gustave Doré, Sulpice Guillaume Chevalier dit Paul Gavarni, le bourguignon d’Epineuil, Alfred Grévin et encore J.J. Grandville ou Honoré Daumier et bien d’autres, ne chômèrent pas.
Faire ressortir les nuances d'un récit, recréer une atmosphère, inspirer un sentiment au lecteur, personnifier des héros, les illustrations furent employées pour une variété de fonctions, toutes vouées à l’enrichissement du récit.
Elles servent toujours à cela.
En fait, écrire ou illustrer n’est qu’une histoire de ligne ou de trait. Ecrire c’est faire des traits, pleins ou déliés. Marquer des lignes, soutenues ou légères : c’est dessiner. Appuyer sur un trait, le dessin est dense, tonique. Libérer la ligne, le dessin est léger. Dans cette ligne d’écriture, avec des mots, se trace un trait de caractère. Sur la feuille blanche, avec ces traits, se tracent des lignes de composition et de construction. Ou bien, en crayonnant, on remplit une surface avec une texture couvrante, alors attention aux bavures! Demain cette page sera couverte de lignes d’écriture, attention aux ratures !.
Pour écrire ou illustrer, les outils sont identiques. Le processus aussi : la main prolonge le cerveau, la plume laisse une trace, l’idée prend forme en texte ou en image. Ce sont des images mentales qui se forment dans la tête, elles seront-transposées, écrites ou dessinées par la main.
Faire de l’écriture, c’est s’installer dans la persistance : le proverbe déclare « les écrits restent ». On serait tenté de dire qu’à ce titre ce qui est écrit n’a pas besoin d’être retenu : l’écrit se consulte.
Dans l’antiquité, dans l’art de la mémoire (Ars memoriae), en rhétorique et en dialectique on inventa le topogramme. Ainsi dans l’image mentale d’un lieu connu ou inventé, l’orateur était invité à placer des objets symbolisant autant d’idées qu’il souhaitait en retenir, c’était la méthode mnémotechnique des loci. appelé aussi méthode des lieux, mémoriser la forme en tel endroit.
Proposer de l’image serait donc présenter une force qui assaille l’œil du regardant, l’enserre dans son signifiant (la forme), le promène dans son signifié (le concept). Illustrer procèderait de la synthèse de l’écrit, cela permettrait l’ellipse et assurerait un état primordial de transmission de message graphique. Telle une litote, illustrer consisterait à écrire moins pour faire (voir) entendre plus et plus fort. L’illustration qui n’est pas un état redondant du récit est un marqueur de mémoire, aisément repérable de par sa forme intrinsèque.
Interrogez-vous. Que reste –il de nos albums d’enfance, lus et relus ? Une idée globale du contenu. Mais ces images, elles, elles surgissent dans nos souvenirs, vives, quasi intactes, avec leurs chatoiements de couleurs et la force ou la grâce de leurs traits. Et si pour l’auteur d’imageries, c’était là, le moyen de s’assurer que le marquage de sa trace sera toujours présent.
En finalité, écrire et illustrer c’est pratiquer une double trace. Cela vaut mieux pour l’artiste, qu’une, seule et unique. L’œuvre sera, certainement, plus pérenne !.
En illustrant Josselin, j’ai créé une passerelle entre l’écrit et votre mémoire, cher lecteur, et je suis heureux de vous offrir une seconde dimension "mémorable ‘’ avec mes dessins.
Lionel Girard